E19 - Spectre du Survival Horror : Signalis et la biorésonance du genre
Télécharger MP3Dans ce nouvel épisode de Profil Ludique, nous explorons Signalis (Rose-engine games 2022), un survival horror indépendant au style rétro-tech et à l’esthétique 3D pixelisée rappelant les classiques du genre. À travers l’ouvrage d’Andrei Nae, Immersion, Narrative, and Gender Crisis in Survival Horror Video Games (2022), nous interrogeons la fonction idéologique de l’immersion vis-à-vis de la (dé)naturalisation des identités de genre. Jouer, c’est se soumettre à un ensemble de règles et de procédures. Or, par l’entremise de l’immersion, le jeu vidéo oriente notre agentivité, nous aligne avec certaines normes sociales et nous incarne à travers des subjectivités genrées. Signalis rend cette réflexion tangible par une subversion des codes du jeu vidéo d’action, un genre qui naturalise le patriarcat et l’hypermasculinité. Dans l’œuvre de Rose-engine, on joue une androïde à la recherche de sa partenaire disparue, mais dont les souvenirs troublés et les perceptions confuses effacent la frontière entre soi et l’autre, le passé et le présent, la réalité et le rêve. Le corps cybernétique devient ici un espace d’expression politique et intime grâce à la labilité de ses frontières identitaires. Le jeu devient alors un miroir des limites du genre et des opinions politiques sous-jacentes, notamment en ce qui concerne la représentation des identités marginalisées, souvent cantonnées à des rôles périphériques. Le tout dans un récit d’identité hanté par la subversivité des codes classiques des premiers survival horror.
Créateurs et invités
Hôte
Hugo Montembeault
Hugo Montembeault est professeur en études vidéoludiques à l'UQAT Montréal. À travers son récent ouvrage "Archéologie du glitch", il étudie les formes esthétiques, les pratiques culturelles et l’économie politique du glitch dans le monde du jeu vidéo. Ses recherches traitent également des théories et des pratiques du bruit dans le contexte du design de jeu, des plateformes vidéoludiques et de la jouabilité. Ses autres contributions touchent à l’étude des genres vidéoludiques, à la narratologie et à l'histoire de la jouabilité.
Hôte
Maxime Deslongchamps-Gagnon
Maxime Deslongchamps-Gagnon est chercheur postdoctoral à l’école NAD, où il étudie la collaboration interdisciplinaire dans les studios québécois de jeu vidéo. Il est chargé de cours au NAD et à UQAT Montréal dans des programmes de création de jeu vidéo. Son livre « Jeux édifiants », qui porte sur l’épanouissement des joueur·euses par la mise en pratique de la vertu, est en voie de publication avec les Presses universitaires du Québec. Ses recherches concernent plus généralement les rapports entre le jeu vidéo, l’éthique et les émotions.
